Trois jours à Oran – Anne Plantagenet

Il s’agit d’une belle histoire à propos d’une fille de pieds-noirs souhaitant retourner le temps d’un week-end en Algérie, dans le but d’y découvrir les lieux qui ont bercé les histoires de son enfance. Elle y emmène son père, qui n’est jamais retourné là-bas après « les évènements ».

Au-delà du voyage, c’est une quête identitaire de la part de la protagoniste qui n’a jamais été dans le pays de ses ancêtres, alors que pour son père il s’agit de tourner la page, d’outre-passer ce départ déchirant.

Sans doute ce thème fait-il résonnance en moi car j’y réfléchis souvent, à force de voyager et vivre aux quatre coins du monde :

– Vient-on du pays où l’on est physiquement né ?
– vient-on de la mémoire culturelle d’une tribu ?
– peut-on se construire en n’utilisant que les histoires qui ont bercé l’identité de notre communauté ?
– comment allier cette mémoire tribale et celle du lieu physique ou l’on évolue, trouver cet équilibre sans perdre son identité ?

Une réflexion plus complexe que le livre, qui ne fait qu’ouvrir la question, et dont chacun aura une réponse différente, suivant son propre vécu.

Pour ma part, je pense que l’on est la somme d’un tout. Des histoires que l’on nous raconte étant enfant, des traditions portées par nos parents, et de celles que nous découvrons plus tard, au gré de nos voyages et de nos vies. C’est quelque chose d’important pour moi, qui ait un enfant dont le père n’est pas français, et vivant dans un pays qui n’est pas le notre. A travers son père, et sa mère, je veux que ma fille sache d’où elle vient, et que ses racines soient encrées dans nos traditions, celles que nous lui inculquons. Mais il y a aussi une troisième dimension, celle du pays dans lequel nous vivons qui n’est ni le mien, ni celui de mon mari. Un troisième pays avec sa propre culture. Ma fille est plongée dedans grâce à sa scolarisation et il est essentiel pour nous qu’elle s’y intègre, car après tout c’est le pays dans lequel elle est née. Ainsi, elle sera un mélange multi-culturel de trois pays… Mais quelle identité aura-t-elle ? Sera-t-elle en quête du « soi », ou bien sera-t-elle à l’aise avec tout ce que nous lui avons donné ? Au final, je me dis que si nous restons au Danemark, ma fille sera Danoise et se considérera sans doute comme tel, fille de parents immigrés. Tout ceci est complexe et c’est une question qui se pose régulièrement, qui est prise en considération dans les choix que nous faisons, pour essayer de lui donner le meilleur équilibre possible pour son avenir.

Pour en revenir au sujet initial, je dirais que c’est un livre qui présente une belle aventure, et qui fait réfléchir à ce sujet identitaire qui est une force encrée en nous, et parfois à l’origine de bien des maux. Alors, je le recommande vivement !

Publié par Sophie Bachet

Autrice de la saga "Wildekat"

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